12.03.2006
Les Apaches
L'étiquette d'Apaches apparaît dans la presse en 1902 pour désigner les voyous et criminels qui terrorisent Paris et les grandes villes de province au tournant du siècle. Les bandes s'organisent et se recomposent toujours sur le même shéma autour d'un caïd qui recrute ses spécialistes : voleurs à la tire, pickpockets, rois de la cambriole qui savent manier le pied de biche et faire causer les coffres forts, les durs à cuire rapides à appuyer sur la gachette. Dans le sillages de ces groupes, des égéries qui viennent tourner autour des hommes et aussi des prostituées - les gagneuses -
Le clan a ses rites, son territoire. Les jeunes Apaches de Montmartre font du terrain vague du maquis un champ clos pour régler à coups de poing et à coups de couteau leurs haines professionnelles. Le tatouage représente un signe d'appartenance, et les tatoueurs officiels de ces messieurs piquent les motifs distincts sur les biceps, le cou etc. Ici, s'étudient et se préparent les plans des descentes du lendemain.
L'Apache fabrique sa silhouette, soigne son panache, le pantalon à larges pattes célébré par Bruand accentue la démarche chaloupée, il se rallie à la casquette, au foulard rouge noué autour du cou.
La palme de l'horreur, revient aux Apaches avec le crime crapuleux de la rue Pierre-Leroux en janvier 1899, où ils lardent de coups de poignard une malheureuse épicière pour dérober sa caisse qui contient la recette de la journée. il y eu aussi le 10 janvier 1902, l'affaire Casque d'Or, qui eut pour cadre Belleville et Charonne et se termina au couteau dans la rue du Chemin Vert. Les bandes adverses s'affrontent fréquemment s'éliminent parfois, reconstituent vite un autre noyau. Chez les Apaches, pas d'état d'âme, la justice est expéditive, et l'on met un certain sadisme à supplicier un rival dangereux à qui l'on coupe le nez pour lui apprendre à vivre !
Entre 1902 et 1907, l'Apache alimente une peur collective, un fantasme d'insécurité, cristallise les angoisses d'une société en crise, en mutation.
14:31 Publié dans 2- Grimoire du Lutèce Mystérieux (guide anecdotik) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'Absinthe
Depuis l'antiquité jusqu'à son avènement aux XIXème siècle, l'Artemisia Absinthium (qui tire son nom d'Artemis, fille de Zeus et déesse grecque de la lune) entre dans la composition de nombreux remèdes : décoctions, teintures, eaux distillées, cataplasmes, etc. On l'emploie pour soigner les maux d'estomac, les fièvres, la malaria, la dysenterie, les douleurs menstruelles...
Son usage médicamenteux aurait pu continuer longtemps si un beau jour, une rencontre étrange ne s'était pas faite en Suisse à la fin du XVIII ème siècle. En effet, c'est à Couvet qu'un certain major Dubied, courtier en dentelles, rencontre une vieille rebouteuse, la mère Henriod. Il lui rachète la formule d'un elixir de santé, vraissemblablement de sa composition, qu'elle vend habituellement aux colporteurs ! Fort de son achat et pour une raison que l'on ne connaîtra probablement jamais, le major Dubied a l'idée de mettre à profit le remède pour en faire une boisson !
Il s'associe avec son beau fils Henri-Louis Pernod, fils d'un bouilleur de cru local (et mari de sa fille) et ouvre une distillerie : la maison Dubied Père & Fils en 1798 (elle sera plus tard reprise par Fritz Duval).
La boisson rencontrant un certain succès, Henri-Louis Pernod prend ses distances avec son beau père et monte rapidement sa propre distillerie dans une maison minuscule. Quelques temps plus tard, il en ouvre une nouvelle à Pontarlier : la maison Pernod Fils (1805) qui devient la toute première distillerie française. Il laissera à tout jamais son nom associé à celui de l'absinthe.
Pendant une trentaine d'années, l'absinthe reste une boisson régionale jusqu'à la conquête de l'Algérie. Réputée efficace contre la malaria et la dysenterie, l'absinthe embarque avec les colons pour les suivre dans plusieurs campagnes. C'est aux officiers que l'on doit l'émancipation de l'absinthe puisqu'à leur retour, forts de leurs succès, il la fontdécouvrir à la bonne société qui ne tarde pas à s'enticher d'elle. C'est à ce moment là une boisson plutot onéreuse, réservée à la bourgeoisie qui vient la consommer sur les cafés des grands boulevards.
Entre cinq et sept heures, l'air des grands boulevards s'emplit d'absinthe : l'Heure Verte comme on l'appelle, sonne dans la ville ! La boisson s'installe aussi partout en France pour plus d'un demi siècle, avec son rituel de la cuiller et ses senteurs caractéristiques. Peu à peu, elle se démocratise tellement que tous les milieux sociaux tombent sous son charme et l'absinthe devient un art de vivre. Qu'on la consomme dans les cafés ou chez soi avec des services luxueux, c'est toujours un apéritif au cérémonial unique en son genre.
A partir de 1870, l'engouement est général : la publicité est énorme (affiches, cartes, objets), les artistes en font leur muse, les journaux en parlent et les distilleries se multiplient. Leur nombre double par exemple à Pontarlier (passant de dix à vingt), se chiffre à soixante-dix environ en région parisienne, à une cinquantaine à Bordeaux et presqu'autant à Marseille ! La consommation d'absinthe par habitant ne cesse de croître au point qu'à la fin du siècle, elle avoisine les deux litres d'absinthe par habitant et par an !
On comprend mieux pourquoi l'absinthe est dite "boisson nationale" en 1880 : elle fait travailler des milliers de personnes et c'est une entreprise florissante qui s'exporte même à l'étranger.
Le revers de la médaille est la profusion d'absinthes de mauvaise qualité très peu chères que l'on surnomme alors les "sulfates de zinc" et qui se montrent ravageurs.
La demande et la consommation d'absinthe ne cessant de croître (au détriment des viticulteurs) notamment dans les milieurs artisitiques, elle devient peu à peu le symbole de l'alcoolisme et s'attire les foudres des ligues de moralité qui voient en elle le vecteur de la criminalité, de la tuberculose, de la violence conjugale, de l'aliénation et de la baisse de la natalité !
En 1901, la création de la Ligue Nationale Contre l'Alcoolisme cherche à sensibiliser l'opinion et multiplie les affiches, tracts, campagnes, pétitions, etc ; la croisade contre l'absinthe a commencé et se poursuivra pendant 14 ans.
La Ligue trouve en 1907 un allié inattendu : des viticulteurs qui souffrent économiquement de l'engouement pour l'absinthe. Ils organisent même une manifestion au mot de : "Tous pour le vin, contre l'absinthe" !
En Suisse où la mobilisation contre l'absinthe est moins importante qu'en France, un fait divers (un père de famille alcoolique notoire massacre sa famille après avoir fait la tournée des bars) achève de convaincre les législateurs de la dangerosité de l'absinthe, l'interdiction est votée en 1910.
L'absinthe aura été victime de son succès: décriée par les ligues de moralité et dévaluée par les distilleries sans scrupules et leurs "sulfates de zinc". En France, un décret demande aux préfets d'interdire la vente d'absinthe dans les établissements publics en 1914, réservant la boisson à une consommation chez soi. Mais la fraude restant possible, le gouvernement interdit finalement un an plus tard la fabrication et la circulation d'absinthe.
14:03 Publié dans 2- Grimoire du Lutèce Mystérieux (guide anecdotik) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.02.2006
Petit glossaire de la prostitution
ABATTAGE : En argot des filles, faire l'abattage signifie rechercher une clientèle nombreuse sans se soucier de la qualité.
AMANT (ou AMI) DE COEUR : Les femmes galantes nomment ainsi celui qui ne les paie pas ou celui qui les paie moins que les autres. Au dernier siècle, on disait indifféremment Ami de coeur ou greluchon. Ce dernier n'était pas ce qu'on appelle un souteneur. Le greluchon ou ami de coeur n'était et n'est encore qu'un amant en sous-ordre auquel il coûtait parfois beaucoup pour entretenir avec une beauté à la mode de mystérieuses amours.
AMBULANTE : prostituée qui fait le trottoir.
AQUATIQUE : courtisane qui tombe facilement sous le charme d'escrocs amoureux qui la plument avant de la quitter.
AUTRE CÔTÉ (Femme de 1') : Les étudiants de Paris appellent ainsi les lorettes habitant la rive droite, c'est-à-dire l'autre côté de la Seine (pour le quartier latin).
BAHUT : salle réservée au repos des filles, généralement sous les combles, sans confort.
BARBEAU, BARBILLET, BARBIQUET : proxénète. Les diminutifs ont une connotation méprisante.
BARBOTTE : visite médicale pour les filles en carte, à la prison-hôpital Saint-Lazare, spécialisée dans les maladies vénériennes.
BOC, BOCARD, BOCSIF, BOXON ou BOCSON : Mauvais cabaret, lieu de débauche.
BORDILLE : prostituée qui renseigne la police.
BOURIN : prostituée qui a des qualités solides.
BOUTIQUE A SURPRISES : boutique dont l'enseigne banale (masseuse, manucure, lingère, corsetière, marchande de tableaux ou de curiosités...) cache une maison de rendez-vous.
CALÈGE ou CALE : Prostituée élégante, et associée à des hommes dangereux.
CALICOTE : Femme fréquentant un ou plusieurs calicots. Les calicots sont des commis marchand .
CAMPAGNE (Aller à la) : Être enfermée à la maison de Saint-Lazare. -- Usité parmi les filles
CAVE : client.
CAVETTE : celle qui n'est pas pute, celle qui n'appartient pas à la pègre, c'est l'épouse du cave.
CLAPIER : bordel, au Moyen Age.
COCOTTE : Femme galante. -- Mot à mot : courant au coq. -- On disait jadis poulette.
COLLAGE : Liaison galante de longue durée. Se coller: Contracter un collage.
COMPLET (faire le complet) : traitement complet fait au client.
CONNASSE : Les femmes inscrites à la police donnent ce nom à toutes celles qui ne le sont pas.
DEMI-SEL : proxénète qui ne s'investit pas totalement dans le métier.
DOSSIÈRE : Prostituée de dernier ordre. -- Mot à mot : femme sur laquelle tout le monde peut s'asseoir : de l'expression dossière de satte : chaise de bois.
DOUBLARD : fille qui est délaissée pour une autre par son mac, qui n'est plus la favorite.
ELARGIR : faire sortir de prison.
ENTREMETTEUSE : celle qui "lance" les filles . Parmi elles, la proxénète du grand monde qui se fait passer pour une comtesse ou une baronne et qui recrute dans les salons. N'hésite pas à se spécialiser dans l'adultère qui se commet à son domicile. Possède un appartement somptueux, un carnet d'adresses, un registre où elle note l'identité de ses clients et un album de photographies.
ESSOREUSE : prostituée entre deux âges pour clientèle de bordel peu exigeante.
ESSUYEUSE DE PLÂTRES : locataire des " constructions qui s'étendent derrière Notre-Dame-de-Lorette, depuis la rue Saint-Lazare jusqu'à la place Bréda, naguère encore (1840) à l'état de terrain vague, maintenant entourée de belles façades en pierres de taille, ornées de sculptures. Ces maisons, à peine achevées, furent louées à bas prix, souvent à la seule condition de garnir les fenêtres de rideaux, pour simuler la population qui manquait encore à ce quartier naissant, à de jeunes filles peu soucieuses de l'humidité des murailles, et comptant, pour les sécher, sur les flammes et les soupirs de galants de tout âge et de toute fortune. Ces locataires d'un nouveau genre, calorifères économiques à l'usage des bâtisses, reçurent, dans l'origine, des propriétaires peu reconnaissants, le surnom disgracieux, mais énergique, d'essuyeuses de plâtres.
FAUX-POIDS : prostituée mineure non déclarée.
FEMME LANCEE : c'est la reine des impures ; elle profite des fastes du second Empire, elle vit au jour le jour, épate par son extravagance et ne soucie pas du lendemain.
FILLE A NUMERO : prostituée de maison close. Allusion à l'obligation pour ces maisons d'avoir un numéro de rue de grande dimension au-dessus de la porte.
FILLE A PARTIES : "La fille à parties n'est qu'une prostituée en carte ou isolée, mais avec plus de formes... Si elle se fait suivre par sa tournure élégante ou par un coup d'oeil furtif, on la voit suivant son chemin, les yeux baissés, le maintien modeste; rien ne décèle sa vie déréglée. Elle s'arrête à la porte d'une maison ordinairement de belle apparence; là, elle attend son monsieur, elle s'explique ouvertement avec lui, et s'il entre dans ses vues, il est introduit dans un appartement élégant ou même riche, où l'on ne rencontre ordinairement que la dame de la maison."
FILLE EN CARTE : Femme à laquelle la police impose une carte de fille soumise.
FILLE INSOUMISE : la clandestine, celle qui n'est pas " en carte ".
FLANELLE, FAIRE FLANELLE : Flâneur galant qui se borne, près des femmes dont l'amour se paie, à des frais de conversation.
GRISETTE : fille naïve qui tombe amoureuse de ses amants et se fait avoir à chaque fois.
HORIZONTALE : désigne les femmes richement entretenues. Les grandes horizontales : les grandes courtisanes.
LÀ-BAS : Maison du correction de Saint-Lazare.
LUPANAR : bordel. Appellation romaine utilisée jusqu'aux réglementations de Saint Louis (1254).
MACA : maquerelle, patronne de bordel.
MADAME : c'est ainsi que les filles appellent la maîtresse, la tenancière du bordel.
MAISON A PARTIES : après la guerre de1870, les courtisanes reçoivent chez elles uniquement sur présentation. On les appelle les femmes ou les filles à parties. Ces parties se font aussi souvent à la campagne ou dans des endroits retirés et l'on peut y jouer des sommes considérables. Ces lieux sont réservés aux hommes fortunés.
MAISON A UN FRANC : le bas de gamme des bordels, à clientèle militaire.
MAISON CLOSE : appelée ainsi car ses fenêtres étaient souvent grillagées, fermées ou masquées pour empêcher les femmes de racoler en se penchant au dehors. Apparaît dans la deuxième moitié du XIXe siècle. "De tout temps, les prostituées ont eu une tendance particulière à rester à leur fenêtre pour se mettre en vue des passants et les attirer par des signes, des gestes ou des interpellations, souvent par des mises indécentes, quelquefois même par des postures lubriques. [...] Sous l'ancienne police, il était défendu aux prostituées de rester à leur fenêtre et de faire des signes aux passants, sous peine d'être rasées et enfermées à l'hôpital.
A la fin de la Révolution, la licence était portée sous ce rapport à un point dont il est difficile de se faire une idée : non seulement les filles restaient à leur fenêtre dans un état complet de nudité, mais elles ne prenaient pas la peine de les fermer pour se livrer dans l'intérieur à tous les actes de leur métier, et cela à la vue des passants et de tous les voisins dont les fenêtres se trouvaient en face. Les maîtresses de maisons n'étaient pas plus réservées : jamais elles ne fermaient les fenêtres de leurs appartements lorsque le temps le leur permettait.
Il leur fut donc enjoint, sous des peines très sévères, de laisser leurs fenêtres constamment fermées ; plus tard, et sur l'observation qu'il fallait nécessairement aérer les chambres, on leur permit d'établir au-devant des croisées une chaîne assujettie avec un cadenas, et tenue assez longue pour qu'on pût l'entrebâiller, mais non pas l'ouvrir entièrement.
Si ce moyen contribua à diminuer le scandale, il ne le détruisit pas d'une manière complète. Chez les dames de maisons, on continuait à voir tout ce qui se passait derrière les carreaux, et les filles libres, habitant les premiers et les entresols, frappaient sans cesse à leurs carreaux, s'y montraient comme par le passé, souvent à demi nues. Celles-ci, pour être mieux reconnues, substituèrent des carreaux de la plus grande dimension aux petits vitrages qui étaient seuls employés dans les lieux qui pouvaient les recevoir.
Pour remédier à cet inconvénient, on prescrivit l'usage des rideaux ; mais si quelques filles en placèrent, elles éludèrent l'ordonnance en se tenant entre le rideau et la fenêtre.
Plus tard, on leur enjoignit de barbouiller intérieurement leurs carreaux avec du blanc de céruse ; mais quelques coups de mouchoir suffisant pour l'emporter lorsqu'il était sec, on leur imposa l'obligation de faire dépolir les carreaux, ce qui fut exécuté et maintenu avec rigueur.
Des plaintes nombreuses ont prouvé que ce dépolissage des carreaux était aussi désagréable pour les filles isolées que pour les dames de maisons : beaucoup de ces dernières ne pouvaient plus voir clair dans quelques-unes de leurs chambres ; quant aux autres, elles étaient ruinées sans ressource ; aussi se virent-elles dans la nécessité de quitter les entresols qu'elles occupaient en grand nombre depuis longtemps..." Parent-Duchatelet, 1857.
MAISON D'ABATTAGE, TAULE D'ABATTAGE : bordel à clientèle essentiellement militaire. "...les nanas épongeaient jusqu'à des quatre-vingt-dix clients par jour. L'horreur ! Dans les maisons closes situées dans les quartiers populaires, l'abattage se pratique surtout le samedi et le dimanche ; c'est du travail en série.
MAISON DE TOLERANCE, MAISON TOLEREE : au début du XIXe siècle, pendant la période réglementariste, la prostitution n'est pas interdite mais elle n'est que tolérée. D'où le nom d'établissements de tolérance.
MAITRESSE : tenancière de bordel, secondée par une sous-maîtresse, elle-même aidée par des bonnes.
MAQUERELLE, MERE MAQUERELLE : s'occupe du recrutement des filles, dans les hôpitaux, les gares. Les filles recrutées sont des domestiques sans place, des ouvrières en tout genre, venues de leur province natale soigner quelque maladie vénérienne ou trouver une place. Rémunérée cinquante francs par fille, le maquerelle leur offre "une robe, un châle et une gratification de quatre à cinq francs par semaine pour tout le temps qu'elles ont à rester encore à l'hôpital."
MARCHANDE A LA TOILETTE : entremetteuse, celle qui "lance" les filles.
MARCHEUSE : "Un simple bonnet la coiffe ; sa robe est d'une couleur foncée et un tablier blanc complète ce costume. Les fonctions de la marcheuse sont d'appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu'elle représente, où, d'après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes."
MARGOT, GOTON : "Nom fort injurieux donné à une courtisane, à une femme de mauvaise vie."
MARMITE : Fille publique nourrissant un souteneur. -- Allusion facile à saisir.
MICHÉ, MICHET, MICHETON : Homme payant l'amour d'une femme.
OMNIBUS : Prostituée, femme se donnant à tous.
PAILLASSE DE CORPS-DE-GARDE : Prostituée de dernier ordre. Comme les paillasses de corps-de-garde, elles changent continuellement de coucheurs.
PAILLASSON : nom donné aux hommes qui fréquentent les filles publiques, sans néanmoins être leurs souteneurs.
PAIN DE FESSES : commerce de la prostitution.
PANTHERE : prostituée.
PARVENUE : dès le début de la Monarchie de Juillet, elle tente sa chance à Paris. Fille de théâtre, chanteuse de bastringue, danseuse des bals du samedi soir, visiteuse d'artistes. C'est une fille insouciante, jolie comme un coeur, qui aime la nuit, la danse, les rencontres (1830-1870).
PASSER DEVANT LA GLACE : expression qui désigne l'entrée de faveur accordée, par la maîtresse de maison, à l'amant d'une fille.
PERSILLER, CUEILLIR DU PERSIL, FAIRE SON PERSIL : Raccrocher.
PIERREUSE : Prostituée qui, même dans sa sphère de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l'abjection... elle cherche toujours les ténèbres... Derrière des monceaux de démolition, des tas de pierres, des restes d'édifices en ruines, elle traque l'homme que le hasard amène.
PIEUVRE : femme entretenue collectivement par des amis du meilleur monde.
PONTONNIÈRE : Fille publique fréquentant le dessous des ponts.
PRIX-DE-DIANE : prostituée très appréciée par les clients.
QUART : Station d'une fille sur la voie publique; tolérée par la police de sept à onze heures du soir, elle équivaut en effet au quart des marins.
RABATTEUR, RABATTEUSE : personne utilisée par les maîtresses des maisons closes pour recruter des prostituées. Cette activité est peu prisée mais elle permet à celles qui ne vivent plus de leurs charmes de survivre.
SOULAGEUSE PROFESSIONNELLE : expression sensée mettre en valeur la respectabilité des prostituées.
VACHE : Prostituée avachie. - Se dit aussi d'une fille un peu sotte. Désigne aussi la patronne de bordel.
VEAU : Jeune fille de joie, condamnée au rôle futur de Vache.
VUE DE MATE, DE VOYEUR : poste d'observation, dans certaines maisons de rendez-vous, pour les voyeurs. Installés dans une pièce obscure ouvrant sur un miroir sans tain, ils peuvent "assister ainsi aux ébats intimes d'un ou de plusieurs couples, tout comme un personnage invisible, mais cela coûte cher."
01:10 Publié dans 2- Grimoire du Lutèce Mystérieux (guide anecdotik) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le One Two Two
Un immeuble sans charme, qui se fond dans le paysage du quartier des grands magasins parisiens, à deux pas des Galeries Lafayette, dans une rue anonyme.
Comment imaginer qu'avant guerre, cet immeuble fut un lieu "à la mode" ? En 1938, le One-Two-Two est connu du Tout-Paris de la nuit. Situé au 122 rue de Provence dans le 9e arrondissement, le One-Two-Two est peut-être alors le bordel le plus célèbre de la capitale.
C'est aussi sans doute l'un des plus effrontément luxueux. Installé dans un immeuble de trois étages, ancien hôtel particulier de Murat, il est surélevé de quatre étages par Marcel Jamet en 1933 : sept étages imposants aux volets blancs toujours clos...
L'organisation du One
Horaires : 14 heures - 5 heures du matin. Une nuit de fermeture par an : la nuit de Noël. Les filles vivent à l'extérieur et ont un jour de congé par semaine. Elles arrivent vers midi et n'en sortent qu'à la fermeture. On leur offre sur place coiffeur, manucure, pédicure, lingère : quarante employés de personnel auxiliaire. 7 étages à partir de 1934. 22 chambres. 10 salons. 12 douches.
Soixante filles en même temps. Cinq ou six acceptent de se faire sodomiser.
Absence injustifiée d'un après-midi : 200 francs d'amende... S'il y a récidive, c'est la porte
200 passes, 300 visiteurs et 150 bouteilles de champagne par jour.
Imposable à 67,5 %.
Les filles
Les femmes du 122 n'auraient jamais mis les pieds rue de Lappe, au Panier Fleuri ou rue de Fourcy, et l'inverse était vrai, celles du Panier Fleuri n'auraient pas aimé travailler au One. Entre la femme d'abattage et la femme sélecte, il y avait une énorme différence. On aurait pu offrir à la première trois fois ce qu'elle gagnait rue de Lappe, elle ne serait jamais venue rue de Provence. La conversation, les poses ce n'était pas son truc, ça l'aurait emmerdée. Elle, ce qu'elle voulait, c'était : Hop ! envoyez-moi un client après l'autre.
Tandis qu'au One Two Two qu'on monte ou qu'on ne monte pas, on se devait d'être aimable et de ne jamais montrer d'impatience. Dans les salons du One, on nous payait pour bavarder, un peu comme des geishas. Les passes avaient lieu surtout l'après-midi. Les gens bien arrivaient dans la soirée et n'avaient pas qu'une seule idée en tête. J'accueillais des hommes d'une classe extraordinaire. Je ne pourrais énumérer le nombre de comtes, ducs, rois, artistes célèbres, hommes politiques, avocats ou médecins que j'ai vus entrer au One. Et ils n'y venaient pas uniquement pour batifoler ou forniquer, mais souvent pour s'y retrouver, comme dans un club. Tout y était aussi plus facile et plus sûr sur le plan de l'hygiène. Des filles ravissantes en robe du soir, des soubrettes qui étaient de pures merveilles, des femmes de chambre qui faisaient la couverture, des lavabos et des draps impeccables, avec dans le cabinet de toilette des petites bouteilles munies d'un écriteau : "Messieurs, voulez-vous avoir l'obligeance de vous désinfecter."
Pas un bonhomme à qui on ne demandait s'il avait été content. Quand il lui arrivait de se plaindre, à juste titre, d'une fille, elle prenait la porte. De toute façon, on ne payait qu'à ce moment-là, jamais d'avance."
Le recrutement
"L'engagement des filles était quelque chose de très important, étant entendu que j'étais seule juge.
Il y avait énormément de candidates. Etre acceptée au One était devenu pour la femme d'une certaine classe, une consécration. J'en avais besoin de cinquante au travail chaque jour, soit, avec les jours de congé, un roulement d'environ soixante-cinq, le minimum indispensable pour assurer les deux cents passes entre 17 et 19 heures, et l'animation des salons et des chambres pour la soirée. En outre, je devais disposer d'un éventail de choix qui corresponde à tous les goûts, d'où un certain dosage pour les entrées.
C'est dire si je me montrais difficile sur les prétendantes. Quand une fille arrivait, elle était reçue par la portière qui avertissait les gouvernantes. Un coup de sonnette annonçait l'arrivée d'un client, deux coups une visite pour quelqu'un de la maison. Blanche, alertée, commençait par faire entrer la candidate dans un petit salon pour la regarder de la tête aux pieds. Si la femme était quelconque, elle la décourageait :
- Je regrette. C'est complet.
Mais, si la fille avait un quelque chose, la beauté, l'allure, un style qui manquait au One :
- Tu n'as pas de couture ?
Je n'acceptais que des sujets sans cicactrices. Si l'arrivante répondait négativement, Blanche posait la seconde question :
- Est-ce que tes seins tiennent ?
J'avais horreur des poitrines tombantes. C'est laid. Mes pensionnaires devaient pouvoir se balader sans soutien-gorge sous leur robe du soir. Alors seulement si la réponse était satisfaisante, la gouvernante concluait :
- Ma petite fille, déshabille-toi. On va appeler Madame.
Pour qu'elle en soit arrivée là, il fallait que ce soit un corps vraiment exceptionnel. J'arrivais et tournais autour de la fille, nue au milieu de la pièce, la détaillant sous toutes les faces. Si ce que je voyais me convenait, j'échangeais quelques phrases avec elle, car il fallait qu'elle sache se tenir aux salons. Elle n'allait pas être là uniquement pour se faire sauter. La voix, le vocabulaire pouvaient détruire complètement un physique. Une voix de poissarde faisait d'une fille superbe un article tout juste bon pour le Panier fleuri. J'avais mes raisons pour vouloir la perfection. Il fallait que One Two Two soit le premier en tout, noblesse oblige, et que mes filles puissent se montrer en public nues comme Eve. Pour certains dîners - ceux d'amis ou de personnalités que je voulais gâter tout particulièrement - , Blanche faisait ôter leurs robes de soirée à mes dix plus jolis sujets, ne leur laissant que des talons hauts, un camélia blanc dans la chevelure et un truc phosphorescent à la pointe des seins et au derrière." Fabienne Jamet - Tenancière du One.
Le quotidien des filles
La discipline de la rue de Provence était extrêmement rigide. Surtout pour les horaires. Un système d'amendes prévoyait qu'un retard coûtait vingt francs par heure, une absence injustifiée de tout un après-midi, deux cents francs. Et si cela se renouvelait trop, c'était la porte.
Tous les lundis, avant que nous nous installions au salon de choix, Blanche passait la revue de détail - chaussures, mains, robe, coiffure. Il fallait que tout soit impeccable. La moindre négligence était pénalisée. Doriane décidait du tarif.
Bien sûr, nous étions toutes inscrites sur le livre de la Mondaine. Les contrôles de police étaient très sévères. Impossible de couper à la visite médicale ; deux fois par semaine, et à la prise de sang mensuelle, même si c'était le jour de sortie.
Dans les salons, il était interdit de tricoter ou de jouer aux cartes, et les conversations entre nous étaient plutôt limitées. D'un choix sur l'autre, on ne serait jamais arrivées au bout puisqu'il y en avait toujours une qui montait. Certains jours de printemps ou d'été, lorsqu'il faisait beau, à la fermeture, à 5 heures du matin, celles qui n'étaient pas mariées - de la main droite ou de la main gauche - faisaient appeler un taxi. A cinq ou six, en riant, en jouant des coudes et des fesses, on s'y entassait pour se faire conduire à Villesnes, après Poissy, au bord de la Seine. [...] On arrivait pour l'ouverture de l'hôtel-restaurant, tenu par un copain et, en attendant que le soleil soit chaud, on mangeait, on buvait. Toutes seules. Entre femmes. [...] On se laissait aller à son bonheur. Un taxi Renault nous ramenait rue de Provence pour l'ouverture de 14 heures.
Les clients
Il y en avait de toutes sortes, comme dans toutes les maisons de rendez-vous : l'un d'eux souhaitait que la fille soit habillée entièrement en caoutchouc, un autre voulait qu'on simule (tout de même...) sa pendaison, un autre écrit :
"Madame,
Vous me ferez monter à la flagellation. Vous me ferez donner tant de coups de martinet par les femmes de la maison, chacune à votre tour. Puis je descendrai toutes les marches de l'escalier jusqu'au rez-de-chaussée, sur les genoux, devant le plus grand nombre possible de vos demoiselles... Après, je veux m'allonger dans le salon de choix et je désire que dix femmes me pissent dessus."
Un autre encore se met à hurler à la mort, comme un loup, et à bondir dans le couloir au moment de la jouissance. Parmi les demandes courantes, on trouve celui qui veut une femme du monde ou une petite fille...
C'est alors la plus élégante ou le plus petit gabarit parmi les filles qui se déguise en conséquence... Les soupeurs (client de bordel qui suce le sperme contenu par le sexe d'une fille après une passe) sont aussi monnaie courante.
Il ne faut pas non plus oublier les membres du clergé, qui apparemment n'étaient pas les derniers à fréquenter le One. Et les aveugles, qui demandent généralement le choix au toucher, bien entendu. Fabienne et les filles en ressentent une gêne terrible. Il y a aussi les vedettes : Raimu, Michel Feydeau, Colette, Michel Simon, Jean Gabin, Charlie Chaplin, Marlène Dietrich, Cary Grant, Kathrin Hepburn, Humphrey Bogart, Fréhel, Sacha Guitry, Fernandel, Mistinguett, Maurice Chevalier, Tino Rossi, Edith Piaf, Léopold de Belgique, Randolph Churchill (fils de Winston) ...
00:34 Publié dans 2- Grimoire du Lutèce Mystérieux (guide anecdotik) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.02.2006
La maison close du Directoire à 1946
Même s’il existe de nombreux précédents au travers de l’histoire, la maison close tolérée par les règlements de police fait son apparition sous le Directoire et disparaît un siècle et demi plus tard.
Pour qu’il y ait maison close, il faut tout d’abord une tenancière. Elle a fait la demande aux autorités municipales, ou, (à Paris) à la Préfecture de police pour demander l’ouverture de l’établissement. Une enquête est menée, et la préférence est donnée à des femmes d’expérience, âgées de plus de trente ans, souvent anciennes prostituées elles-mêmes. Il est exigé que le numéro sur la rue soit éclairé, rouge, et élevé à une hauteur d’haut moins soixante centimètres du sol par rapport à la chaussée. Les règlements imposent par ailleurs que les escaliers et que l’intérieur de la maison soit éclairés en permanence. Des restrictions sont également édictées quant au voisinage : les maisons ne peuvent être installées à proximité immédiate d’un lieu de culte, d’une école, ou d’un édifice administratif. Le propriétaire des murs doit également donner son autorisation pour l’exploitation de son immeuble. Il en profite généralement en exigeant de hauts loyers, encore augmentés quand le bail est renouvelé. Autre aspect de la maison close : une hiérarchie : la maîtresse de maison règne sur une sous-maîtresse, des domestiques, et un minimum de deux filles prostituées. Connaissant clairement les lieux de prostitution, les autorités se réservent le droit de révoquer du jour au lendemain la tolérance accordée, si le scandale est dû à cette maison. La surveillance est également une surveillance sanitaire, puisque les filles doivent être inspectées régulièrement, jusqu’à trois fois par mois. Ainsi, pense-t’on, les risques de propagation de la syphilis sont réduits à néant, ou presque.
Une loi promulguée en 1839 précise que la prostitution ne peut s’exercer que dans le cadre de ces maisons. Ce texte est le reflet d’une pensée juridique qui n’est pas sans rappeler le « grand renfermement » souhaité par les autorités du temps de Louis XIV : les mendiants, les vagabonds et les filles publiques étaient alors passibles de l’Hôpital général.
Sous Louis-Philippe, la bourgeoisie qui a politiquement triomphé après les Trois Glorieuses prend rapidement conscience de l’existence de « classes dangereuses ». Les opposants politiques, les ouvriers, les pauvres et marginaux en général, les prostituées en particulier en font partie. Les uns et les autres sont fichés et/ou enfermés.
Au bordel, les pensionnaires doivent être inscrites sur un registre, tandis que la maîtresse de maison doit scrupuleusement consigner leurs allées et venues. Cette volonté d’enfermement se retrouve également dans le règlement parisien qui impose que les chambres et dortoirs où dorment les filles soient munies de fenêtres grillagées. Privées de possibilité d’ouverture sur l’extérieur, les filles font partie des meubles de la maison dans laquelle elles décident d’entrer. La fille qui entre, le plus souvent parce que la nécessité ou la misère l’y a poussée, ne possède en sortant que le peu avec lequel elle a fait ses débuts. Dans la maison, elle découvre une vie collective de tous les instants, presque une vie cloîtrée. Les repas se prennent sur place, le couchage a souvent lieu en dortoir, les temps d’attente du client se passent en commun dans les salons. Les sorties sont rares et également en communauté. Dans ce monastère du plaisir, dans ce pensionnat du sexe, une seule chose ne se partage pas équitablement : l’argent. Il revient dans sa quasi totalité à la maîtresse de maison, la fille ne touche qu’un pourcentage auquel s’ajoute une somme remise de la main à la main par le client. Le peu qu’elle gagne lui est toutefois ôtée par sa patronne qui est son unique fournisseur et à qui elle doit acheter tous les objets dont elle a besoin (bas, linge, etc…). De fait, entre le prix de pension qu’elle paie et les faux frais dont elle est accablée, la fille de bordel ne touche aucun profit de son activité. Loin de là, elle est même endettée auprès de la maison où elle entre. Tel est le moyen pour la maîtresse d’exploiter le corps des autres.
Il existe toutes sortes de maisons closes. Aujourd’hui, ce terme évoque un endroit confortable et avenant, composé pour le plaisir. Ce type d’établissement de grande classe, dits maisons de grande tolérance se rencontre surtout à Paris, mais ils ne sont pas légion. Le Chabanais, le One Two Two, situé l’un rue Chabanais, derrière la Bibliothèque nationale, l’autre au 122, rue de Provence rentrent dans cette catégorie. Le luxe y est tapageur, fait de moquette épaisse, de lambris bien dorés, de fauteuils confortables, de tableaux grivois et de tentures lourdes. Le choix de filles y est large et leurs « spécialités » sont variées. En outre, l’établissement dispose d’un large éventail de chambres, chacune pourvue d’un décor spécifique, propre à émoustiller l’homme qui s’installe sur le lit. Le client fidèle peut même obtenir plus, surtout s’il est un homme de qualité : c’est ainsi que le Prince de Galles, futur roi d’Angleterre sous le nom d’Edouard VII, dispose en permanence d’une chambre au Chabanais, dans laquelle il oublie les contraintes du puritanisme victorien. Pour le distraire, il dispose par exemple d’une baignoire rutilante, dans laquelle il fait couler du champagne et invite plusieurs filles. Il a du lui arriver de croiser, ou plutôt d’entrevoir, car la discrétion est requise dans ces lieux, d’autres têtes couronnées dans cette bonne maison, car le « Chabanais » est inscrit au programme des visites inscrites au protocole de l’Elysée. Ce genre de Relais et Châteaux du plaisir est rare.
Plus courante est la maison de quartier moins chère, moins luxueuse mais bien tenue. Le client entre, les filles disponibles sont rassemblées dans le plus beau salon, il fait son choix. Il est à noter que, hormis les habitués, nul ne doit se croiser dans l’établissement. Le client qui part emprunte donc un autre escalier que le client qui monte.
Plus nombreux sont les établissements où la gaieté n’est pas réellement de mise. Dans les faubourgs, les filles sont livrées à des ouvriers, à des soldats, à des marins qui viennent consommer sexuellement pour un prix à peine supérieur à ce qui leur est demandé pour un verre d’absinthe Berthelot. Les filles sont contraintes d’effectuer leur besogne mécaniquement dans des endroits souvent malpropres, voire répugnants. Dans ces bouges de dernier ordre, l’alcoolisme et la violence font partie du quotidien. Toutefois, ces établissements sont en conformité avec la loi.
Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, et plus encore à partir de 1880, des ligues féministes, des autorités ecclésiastiques, des voix politiques s’insurgent contre l’esclavage pratiqué dans les maisons closes et militent pour leur fermeture. Elle est effective en 1946, en application de la loi adoptée sur proposition de Marthe Richard. Il convient parallèlement de souligner qu’en même temps que les « abolitionnistes » tempêtent contre le bordel, ce dernier est sur le déclin. A vouloir trop encadrer, trop réglementer, trop entourer, les autorités ont chassé le client qui est désormais plus émoustillé par la fille « insoumise », prostituée clandestine ou occasionnelle, ou par les maisons de rendez-vous, où les femmes parfois mariées ne sont là que quelques heures par jour.
23:14 Publié dans 2- Grimoire du Lutèce Mystérieux (guide anecdotik) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Place Denfert-Rochereau - 14°
Meurtriers Innocents
En 1780, plusieurs personnes furent asphyxiées, dans les caves de leurs maisons, Rue de la Lingerie. ces caves étaient mitoyennes d'une fosse commune, contenant près de 2000 corps et dépendant sur Cimetière des Innocents. Ce cimetière, situé à l'emplacement des Halles actuelles, groupait, depuis plusieurs siècles, les dépouilles de 22 paroisses, soit environ 90 000 corps.
Il fallut attendre le 9 Novembre 1785 pour que le Conseil d'Etat ordonnat que le "terrain du cimetière des Innocents soit converti en place publique propre à établir un marché."
Guillaumont, inspecteur général des carrières, dût trouver un endroit adéquat pour transferer les ossements. Il choisit les carrières de la plaine Montsouris, au lieu de la tombe Issoire. Et l'on donna au futur ossuaire le nom de Catacombes, par allusion aux carrières romaines de Pouzzolane où se cachaient les premiers chrétiens.
Enfin la tâche commenca, après que le vicaire général de l'archevêque de Paris eut consacré le lieu, le 7 avril 1786. Elle dura 15 mois. Nuit après nuit, les suelettes entassés sur des tombereaux recouverts d'un drap mortuaire et suivis de prêtres en surplis, furent amenés vers les nouvelles catacombes, où on les précipitait dans un puit de service, qui existe toujours d'ailleurs au 8 bis de l'avenue du Président René Coty. Plus tard la même mesure fut appliquée à d'autres cimetières : St Eustache, St Landry, St André des Arts ...
Les ossements furent d'abord déposés sans ordre, au fur et à mesure de leur arrivée, ou quelque fois selon le goût personnel des ouvriers chargés de la besogne. Plus tard, au début du Premier Empire, la disposition en fut améliorée : on regroupa certains restes, on indiqua leurs cimetières d'origine, on placa quelques décorations funéraires. Une sorte de musée fut même édifié.
On accède à l'entrée, située à 19m de profondeur par un escalier de 90 marches, et le visiteur est accueilli dans l'ossuaire par le vers de Delille : " Arrête, c'est ici l'empire de la mort !"
La superficie de l'ossuaire est de 11 000 m² et contient à peu près 6000 mètres cubes d'ossements, représentant 5 ou 6 millions d'individus anonymement regroupés.
20:09 Publié dans 2- Grimoire du Lutèce Mystérieux (guide anecdotik) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Rue de la Grange-aux-Belles - 10°
Le Gibet de Montfaucon et sa corde au cou
Le Gibet de Montfaucon, gibet royal disposant de 16 piliers, aurait été situé au niveau du n°57 de la rue de la Grange-aux-Belle.
Un relevé de comptes de l'Ordinnaire de Paris pour 1425 fait état de 48 poutres pouvant porter au moins autant de suppliciés. Les corps décrochés étaient ensuite enfouis dans un charnier voisin où, jusqu'au 15° siècle, les femmes condamnées à mort, et pour lesquelles la pendaison était jugée indécente, étaient enterrées vivantes !
Le lieutenant criminel dut installer un poste d'archers près du charnier, tant était grand le nombre de sorciers qui venaient déterrer les morts afin de leur arracher le coeur, car le coeur de pendu faisait merveille dans la préparation de certains philtres magiques.
Le condamné à la pendaison parcourait, nu-tête et les mains liées, les 3 kms et demi qui sépraient le Châtelet du mieu de son supplice. Son escorte comprenait le lieutenant criminel, le procureur du roi,, un sergent, des archers et un confesseur.
Arrivé devant le 237 de la rue St Denis, le condamné baisait un grand crucifix de bois, scellé contre le mur du couvent des Filles-Dieu. Alors il recevait 3 morceaux de pain et un verre de vin.
Si la corde cassait au cours de son exécution, le condamné était gracié. Chose plus curieuse, il était également gracié si une femme le réclamait pour époux. Est-ce l'origine de la célébre métaphore : Se mettre la corde au cou ? On raconte en tout cas qu'un bandit de grand chemin fut tant effrayé par la laideur de la femme qui lui offrait de partager sa vie qu'il se tourna vers le bourreau et s'écria :" Accroche-moi vite, compère!"
19:35 Publié dans 2- Grimoire du Lutèce Mystérieux (guide anecdotik) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.11.2005
Place de la Bastille - 11°
Aujourd'hui rien
En Juillet 1789, le bruit courut dans Paris que les royalistes faisaient venir des troupes de Provinces pour mater la Révolution. A l'instigation des clubs et des sociètés secrètes les Parisiens décidèrent de s'emparer de la Bastille, croyant y trouver des armes.
Le 14 au matin, 600 émeutiers, parmi lesquels des femmes et des enfants, arrivent pas la Rue Saint Antoine, forcent les barrières du château, et pénètrent dans la cour avancée. Après avoir abattu un premier pont-lveis, la foule se précipite dans la cour du gouverneur, où elle est soumise au feu violent des Suisses massés derrière les créneaux.
Dans l'après-midi, 300 gardes français et un petit détachement d'artillerie viennent se joindre aux insurgés. L'arrivée de ce renfort inattendu émeut le gouverneur de Launay qui accepte de se rendre, à condition que la garnison ait la vie sauve.
Les vainqueurs de la Bastille furent surpris d'y trouver seulement 7 prisonniers :
- 4 escrocs qui furent transférés dans une autre prison
- 1 certain Tavernier, enfermé depuis 1759
- Le Comte de Solages, détenu à la demande de sa famille pour inceste
- Whyte, un pauvre fou que l'ont du interner à Charenton
Le marquis de Sade avait quitté la forteresse quelques jours auparavant.
L'assaut du château avait fait peu de victimes parmi la garnison : un tué ( ironiquement nommé Fortuné) et quelques blessés. En revanche, les assaillants comptèrent 85 tués et 88 blessés.
Dés le 15 Juillet, l'entrepreneur Palloy commença à démolir la Bastille. 83 maquettes de la prison royale furent envoyées dans les départements "pour y perpétuer l'horreur du déspotisme".
Bien que le 14 Juillet soit devenu une fête nationale et le symbole de la Révolution, il semble que cette journée n'ait pas frappé outre mesure l'esprit de ses contemporrains.
Quant à Louis 16 qui, ce jour-là, était à la chasse, il nota sur son carnet :
"Aujourd'hui : rien."
19:52 Publié dans 2- Grimoire du Lutèce Mystérieux (guide anecdotik) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Rue de l'Arbre Sec - 1°
Le centre de Paris
Lorsqu'on suit le trottoir de la rue de l'Arbre Sec vers la Seine, à la hauteur du chevet de l'église Saint Germain l'Auxerrois, on peut voir un lampdaire qu'Alexandre Arnoux affirme être le centre de gravité de Paris. Il appuie son argumentation sur l'expérience suivante :
On découpe un plan de Paris, y compris les deix bois de Vincennes et de Boulogne, et on l'accroche, par différents point de son périmètre, à un clou auquel est également suspendu un fil à plomb. On note les différentes positions du fil à plomb, et l'on constate que toutes les lignes obtenues se coupent devant lechevet de l'église Saint Germain l'Auxerrois
18:35 Publié dans 2- Grimoire du Lutèce Mystérieux (guide anecdotik) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Rue des Abbesses - 18°
Un trésor à Montmartre
En 1846, une étrange rumeur fit le tour de Montmartre : la butte recelait un trésor ! Il s'agissait des richesses de la vieille abbaye que sa dernière abbesse, Mme de Montmorency-Laval, aidée d'un vieux domestique, avait dissimulées dans un souterrain situé sous la serre du château des Folies-Montigny.
La Révolution n'épargna pas l'abbesses, qui fut guillotinée, et le secret faillit bien disparaitre avec elle.
Mais à l'heure où Beuchot, le vieux serviteur, se sentit mourir, il confia à celle qui l'assistait dans ses derniers moments l'existence du trésor.
Patiente, celle-ci attendit que le terraint devint propriété communale et s'en fut déposer à la mairie la somme de 500 francs afin qu'on entreprit les recherches.
Vainement.
Jamais on ne trouva trace de trésor.
Mais peut-être fallait-il y croire ...
17:46 Publié dans 2- Grimoire du Lutèce Mystérieux (guide anecdotik) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


